A Castel Gandolfo, ils Ne chantaient pas seulement des cantiques religieux. Lorsque des amis de Pologne venaient à la résidence d’été, chanter ensemble des chants patriotiques était devenu une tradition des longs soirs d’été. Le Saint-Père ne pleurait jamais, dit Mgr Mieczysław Mokrzycki, mais je l’ai vu quelquefois profondément ému, avec les larmes aux yeux. Notamment lorsque nous chantions ces chants.
-Quels étaient ces chants ?
‘- « Coquelicots rouges », « Oh, la guerre, la guerre ». C’étaient ses chants préférés. Mais nous en chantions bien d’autres. Ceux qui ne connaissaient pas les paroles recevaient un carnet de chants.
-Le Saint-Père aimait bien chanter, lui aussi ?
-Il aimait bien chanter et avait une voix puissante. Cela lui rendait des forces. Et il faut bien dire que lui seul n’avait jamais besoin d’un carnet de chants. Il connaissait tous les chants par cœur.
-Vous chantiez longtemps ?
-Longtemps, oui. Parfois des heures durant. Le Saint-Père aimait beaucoup cela et il en était souvent ému. (…) C’était un grand patriote, il aimait la Pologne de tout son cœur et en avait la nostalgie. Il nourrissait un rêve qu’il n’a pas pu réaliser… En effet, il aurait tant voulu se rendre à nouveau dans les montagnes Bieszczady. En tant que jeune prêtre, il avait eu l’occasion de les parcourir d’un bout à l’autre. Et il voulait tellement y retourner. Lorsque je suis arrivé à Castel Gandolfo et que nous sommes allés pour la première fois en promenade, le Saint-Père m’a dit : « J’ai foulé ici jusqu’à la moindre parcelle. Mais au début, je n’arrivais pas à m’y retrouver non plus. Les hautes montagnes me manquaient, et les Bieszczady me manquaient. J’aimerais tant pouvoir y retourner un jour… »
-Pourquoi ce rêve n’a-i-il pas se réaliser ?
-Ce sujet revenait souvent, dans les entretiens, avec l’archevêque Michalik. Mais les conditions matérielles et les infrastructures ne permettaient pas d’accueillir le Saint-Père dans les Bieszczady. Lui et tout son cortège papal. C’est dommage. Il y tenait tant. On connaît davantage l’amour de Jean-Paul II pour les Tatras et les montagnards des Tatras. Effectivement, d’après Mgr Mieczysław Mokrzycki, le Pape en parlait souvent. Il admirait leur force spirituelle et leur fidélité. La messe et l’engagement solennel des montagnards à Zakopane en 1997 ont été pour lui un souvenir mémorable. Lorsqu’ils lui chantaient « Montagnard, ne regrettes-tu pas… », il avait du mal à retenir ses larmes. Il est revenu dans les Tatras en tant que Pape. Pas dans les Bieszczady. C’est sans doute pour cela qu’il les regrettait tant. Le 5 août 1955, il atteignit le plus élevé des Bieszczady. Au sommet du pic supérieur de Tarnica se trouve une croix commémorant l’expédition de Karol Wojtyła. Un rêve non réalisé, un rêve Polonais. Revenir sur les anciens sentiers de Bieszczady.
Avec l’accord de l’archevêque Mieczysław Mokrzycki – « Le mardi était son jour préféré »
Edition M, Cracovie 2008