Dimanche 22 octobre 1978, liturgie solennelle. Au début, salutations avec les cardinaux, dont le primat de Pologne, aujourd’hui âgé, qui, tel un chêne inflexible, s’agenouille fier et ému, puis avec son ami, l’éminent théologien le cardinal Ratzinger. Karol se présente au monde : “N’ayez pas peur”. “N’ayez pas peur, ouvrez, ouvrez grand les portes au Christ. Pour sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, des systèmes économiques et politiques, les vastes champs de la culture, de la civilisation, du développement ! N’ayez pas peur ! “Lorsque je prononçais les mots “n’ayez pas peur”, je ne me rendais pas bien compte du chemin qu’ils allaient me faire parcourir, à moi et à toute l’Église. “Le Christ sait ce que l’homme porte en lui. Lui seul le sait ! Aujourd’hui, l’homme ignore souvent ce qui est caché en lui, au plus profond de son âme et de son cœur. Il est si souvent incertain du sens de la vie sur cette terre et en proie au doute qui se transforme en désespoir. Laissez-moi donc, je vous en conjure, vous implorer avec humilité et confiance ! Laissez le Christ parler à l’homme”. Ces paroles semblent sortir, pour ainsi dire, des catacombes d’un catholicisme effrayé et perdu. “Cette proclamation d’une foi vivante, – ouvertement – n’est pas le Dieu de la sociologie ou d’une théologie agitée et fanée, mais c’est le Dieu puissant et miséricordieux de l’Écriture, de la certitude qui réconforte, de la dévotion qui donne du courage, le Dieu d’Abraham, le Dieu des épreuves, du témoignage jusqu’au martyre. Nouveau, jeune, fort, voilà à quoi ressemble le nouveau berger, avec beaucoup de sécurité, de confiance, d’audace, bien loin du physique mince, timide et délicat de ses deux prédécesseurs. Et puis, en cette douce matinée d’octobre romain, Karol dépasse à nouveau, rompt le protocole, descend soudain les marches de la basilique, va vers le peuple, à la rencontre de la foule, puis, d’un geste instinctif, saisit à deux mains la croix du berger et la lève comme un étendard racheté, comme une vieille bannière trop longtemps oubliée, comme un signal qu’il est temps de se rassembler, qu’il est temps pour le peuple de Dieu de rassembler ses tentes et de se mettre en route.
