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Trente-trois jours seulement se sont écoulés

L’année 1978 a été baptisée “Année des trois papes”. Le premier dimanche d’août, Karol Wojtyła ne pensait absolument pas à ce qui se passerait dans les prochains mois. Lui et ses amis étaient en vacances dans les montagnes de Bieszczady lorsque la nouvelle de la mort du pape Paul VI lui parvint. On savait que le Saint-Père était gravement malade, et pourtant l’information de sa mort a causé une grande douleur au cardinal. Il était fortement attaché au pape qui était comme un père pour lui. Dès le début, il a été impressionné par le style pastoral de Paul VI, sa manière de regarder le monde et sa grande ouverture aux questions culturelles. (…) Le cardinal Wojtyła ne s’est pas demandé qui serait le successeur du pape décédé. Il s’est limité à l’affirmation suivante: “Le Saint-Esprit l’indiquera”. Il a tout regardé avec les yeux de la foi, avec les yeux d’un croyant, d’un homme de l’Église. (…) Contre toute attente le conclave s’est terminé très rapidement. Le choix fut rapide, ce qui prouva que le Collège des cardinaux avait déjà trouvé son unité. Peut-être, juste pour renforcer cette cohérence, le patriarche élu de Venise a-t-il adopté le double nom de Jean XXIII et de Paul VI, combinant l’héritage de deux grands prédécesseurs et unifiant ainsi les directions d’action de ces papes qui s’opposaient à tort. Karol Wojtyła n’a jamais parlé des détails du conclave. Il a seulement dit que lors de l’élection, la présence du Saint-Esprit s’était manifestée. Il a accepté et respecté la volonté de Dieu que le Seigneur a montré aux cardinaux en choisissant un nouveau pape. Il a rencontré Jean-Paul Ier peu après l’inauguration de son pontificat, puis il est reparti aussitôt pour  Cracovie, se souvenant du bon sourire et de la joie avec laquelle le nouveau Successeur de Saint-Pierre exprimait sa profonde foi.

Trente-trois jours seulement se sont écoulés. Le cardinal Wojtyła vient de rentrer avec la délégation de l’épiscopat, dirigée par le primat Wyszyński, de la visite en Allemagne. Il était au sanctuaire de Kalwaria. Il a célébré une messe solennelle à Wawel à l’occasion de la cérémonie de saint Wenceslas, patron de la cathédrale, et du vingtième anniversaire de sa consécration épiscopale. Le matin du 29 septembre, il sirotait un thé lorsque le chauffeur Józef Mucha entra dans la pièce. Ému, le visage rougi, il exprima avec difficulté que Jean-Paul Ier était mort. L’archevêque s’immobilisa, mais seulement pour un moment. Il arrêta le petit-déjeuner et alla dans sa chambre. Dans un moment si triste, il voulait rester seul. Il n’a pas commenté ce qui s’est passé, on l’a seulement entendu murmurer: “C’est incroyable, incroyable …”. Plus tard, de loin nous l’avons vu entrer dans la chapelle, où il a longtemps prié. Il a prié et peut-être s’est posé une question. Il a demandé à Dieu ce qu’il avait dit plus tard dans la simplicité de son cœur lors d’un service funéraire à l’église Sainte-Marie: «Le monde entier, toute l’Eglise se demande: pourquoi? (…) Nous ignorons le sens de cette mort pour le Saint-Siège. Nous ne savons pas ce que le Christ veut dire à l’Église et au monde “.

Avec le consentement du cardinal Stanisław Dziwisz – “Témoignage”