L'osservatore Romano-servizio Fotografico/Alinari Archives/East News

Je n’ai pas le temps, maintenant je dois jouer au football

L’attitude de Karol Wojtyła en tant que pape n’était ni une nouvelle étape de l’évolution de la papauté, ni un nouveau chapitre. C’était une rupture presque révolutionnaire. Cela n’était pas encore arrivé – aucun pape n’a jamais été à portée de main, aucun chef d’Eglise n’a démontré qu’il était un homme comme tout le monde. Une fois, lors d’un séjour à Castel Gandolfo, de hauts dignitaires attendaient Jean-Paul II dans la Salle Suisse. Pendant ce temps, il se promenait dans le parc et regardait un petit garçon, le fils du jardinier, jouer au football. Les secrétaires lui ont fait signe avec des gestes que les invités attendaient le retour de Sa Sainteté. Mais le pape a hôché fermement la tête, comme s’il voulait répondre: “Je suis désolé, je n’ai pas le temps, maintenant je dois jouer au football.” Et il a échangé quelques passes avec le garçon, même si ce n’était que pour un moment, mais suffisamment longtemps pour indiquer que cet enfant était maintenant beaucoup plus important pour lui que son agenda. Le photographe papal Arturo Mari a pris alors quelques belles photos. Selon les représentants du Vatican, le Saint-Père ne devrait pas faire ce genre de choses, et cela a été le cas jusqu’à présent. Certains cardinaux de la Curie ont été scandalisés lorsque le pape a été photographié à la piscine en maillot de bain. Cela semblait être fait par le diable lui-même, mais Karol Wojtyła a commenté calmement: “Eh bien, je suis juste curieux de savoir quel journal le publiera.” Il est impossible de compter ses écarts par rapport au protocole. Par exemple, le 14 mai 1999, il n’a pas pu s’en empêcher, à la grande horreur des cardinaux de la Curie, d’embrasser le Coran. Il ne protestait pas non plus quand les enfants des responsables de Castel Gandolfo jouaient au cache-cache sous son manteau. Karol Wojtyła était un homme en chair et en os et ce qui le distinguait, c’était sa capacité d’aimer.

Andreas Englisch – « Guérisseur. Les miracles de saint Jean-Paul II »

Édition WAM. Les pères jésuites. Cracovie 2015