John Paul II Foundation

J’aimerais être capable de me souvenir vraiment de tout

Vendredi était le jour de la prière. Nous avons célébré la Messe, le Chemin de Croix et la Tierce de la Liturgie des Heures. Tadeusz Styczeń, l’ami proche de Karol Wojtyła a lu quelques extraits de la Bible. L’état du Saint-Père était critique, il prononçait  péniblement à peine quelques syllabes. La journée du samedi 2 avril vient de commencer.  J’aimerais être capable de me souvenir vraiment de tout. Dans la chambre régnait l’atmosphère de grande sérénité. Le Saint-Père a béni les couronnes prévues pour l’icône de Notre-Dame de Częstochowa dans les Grottes Vaticanes, et les deux autres qui devaient être envoyées à Jasna Góra. Il a dit adieu à ses collaborateurs les plus proches, les cardinaux, les prélats du Secrétariat d’Etat, les chefs des différents services, il voulait aussi dire adieu à Francesco, responsable de la propreté de l’appartement. Il était toujours conscient et même s’il parlait avec grande difficulté, il a demandé de lui lire l’Evangile selon Saint Jean. Ce n’était pas notre suggestion, c’était son désir. Même le dernier jour il voulait se nourrir de la parole de Dieu – il faisait durant toute sa vie. Le père Styczeń a commencé la lecture du texte de saint Jean, chapitre par chapitre. Il a lu neuf chapitres. On a marqué dans le livre l’endroit où la lecture s’est arrêtée, le point où sa vie s’est éteinte. A ce dernier moment de son pèlerinage terrestre le Saint-Père est redevenu celui qu’il a toujours été, l’homme de la prière. L’homme de Dieu, uni profondément avec le Seigneur et pour qui la prière a toujours été le fondement de l’existence. Quand il devait rencontrer quelqu’un, prendre une décision importante, rédiger un document ou partir en voyage, il priait d’abord, il parlait avec Dieu. Ce jour-là aussi, avant de partir à son dernier grand voyage il a fait toutes les prières quotidiennes, l’adoration et la méditation, aidé par les personnes présentes à ses côtés. Il a même anticipé l’Office Dominical des Lectures. A un moment donné la sœur Tobiana a croisé son regard. Elle a approché une oreille de sa bouche et lui, il a murmuré d’une voix à peine audible : « Permettez-moi de m’en aller vers le Seigneur ». La sœur est partie de la chambre en courant en voulant partager avec nous ce qu’elle avait entendu mais elle était en spasmes. Plus tard je me suis dit : c’est merveilleux qu’il a adressé ses dernières paroles à une femme. Vers 19h00 le Saint-Père est tombé dans le coma. La chambre était éclairée par une cierge allumée, la même qu’il avait bénie le jour de la Chandeleur. La place Saint-Pierre et les rues adjacentes se remplissaient du monde.  Les gens, surtouts des jeunes, affluaient de plus en plus. Leurs cris « Giovanni Paolo » et « Viva il Papa » arrivaient jusqu’au troisième étage. Je suis persuadé qu’il les entendait aussi. Il ne pouvait pas ne pas les entendre ! Vers 20h00 j’ai ressenti une soudaine envie de célébrer une messe ! Nous l’avons célébrée ensemble avec le cardinal Jaworski, l’archevêque Stanisław Ryłko et deux prêtres polonais – Tadeusz Styczń et Mieczysław Mokrzycki. Cette messe précédait la célébration dominicale de la Divine Miséricorde, tellement chère au Saint-Père. Nous avons continué à lire l’Evangile selon saint Jean ; « Jésus vint, malgré les portes closes, se tint au milieu et leur dit : ,,Paix à vous’’…. Pendant la communion j’ai réussi à lui administrer comme viatique quelques gouttes du Très- Saint Sang du Christ. A 21h37 nous nous sommes rendu compte que le Saint-Père a cessé de respirer. En même temps nous avons vu sur le moniteur que son grand cœur s’est arrêté de battre. Le professeur Buzzonetti s’est penché au-dessus de lui et a murmuré tout en nous regardant : « Il est retourné dans la maison du Père ». Quelqu’un a arrêté les aiguilles de l’horloge. Nous nous sommes tous mis à chanter en même temps, comme sur un ordre, le « Te Deum » et non pas le « Requiem » car ce n’était le deuil. En remerciement à Dieu pour le don de la personne du Saint-Père Karol Wojtyła. Et nous avons pleuré avec des larmes de douleur et de joie. Comment ne pas pleurer ! Et à ce moment-là on a allumé les lumières dans toute la maison… Après, je ne me souviens plus de rien. J’avais l’impression que soudainement les ténèbres étaient  tombées. Les ténèbres au-dessus de moi et en moi-même. Je me rendais compte de ce qui se réalisait mais je repoussais cette pensée. Peut-être j’étais incapable de comprendre. Je me suis confié au Seigneur et lorsque je croyais atteindre la sérénité, les ténèbres revenaient …

Le cardinal Stanisław Dziwisz – « Le Témoignage »