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Il avait une sorte d’allergie au pouvoir terrestre

Venant d’une autre partie du monde, d’une autre situation religieuse, d’une autre vision del’Église et de l’histoire, Jean-Paul II, au début, avait été accepté avec une certaine difficulté. À la curie certains l’appelaient le « pape polonais » et je pense que ce n’était pas toujours positif. Mais ensuite les choses se clarifièrent, les rapports devinrent bons. Désormais tous parlaient de « notre pape ». Naturellement, c’était à lui de donner les directives, toujours avec précision, toujours avec clarté, mais il ne forçait ni les épiscopats nationaux ni la curie romaine à prendre des initiatives et à développer des missions précises. Il cherchait à convaincre…

Mais certaines indications pontificales n’ont pas été toujours réalisées de la manière qu’il avait proposée. D’autres, passant à travers les mécanismes curiaux, ont même subi de fortes corrections et dans certains cas, n’ont même pas été menées à bonne fin.

Quelques critiques soutiennent que cela ne serait pas arrivé si le pape avait moins couru le monde et était resté au Vatican, s’il avait gouverné davantage…

Bah ! Cela aurait probablement été la même chose. Peut-être – je le dis évidemment après coup – parce que les temps n’étaient pas encore mûrs pour une réforme générale de la curie romaine. Ou peut-être la curie elle-même n’était-elle pas prête à accepter une réforme qui aurait permis de la rétablir dans sa fonction de service pour le pape et pour les évêques et donc, de redevenir un authentique instrument de communion entre la Saint-Siège et les Églises locales.

Mais le pape Wojtyła se rendait-il compte des conditionnements qui pesaient sur son gouvernement ? Si je peux le dire ainsi, il avait une sorte d’allergie à tout ce qui pouvait lui rappeler de quelque manière la pouvoir temporel, ou toute forme de pouvoir. Ensuite, il ne pensait pas que le pape était « tout » : il entendait le gouvernement de l’Église en termes de collégialité et, par son expérience polonaise, de subsidiarité. Mais la vraie raison était peut-être que le Saint-Père regardait toujours plus loin. Il n’était pas obsédé par l’idée de devoir récolter tout de suite les fruits de ce qu’il semait. Il lui importait seulement de semer et de favoriser la rencontre de l’homme avec Dieu, de faire vivre à l’homme l’Évangile, la bouleversante nouveauté de l’Évangile.

Avec l’accord du cardinal Stanisław Dziwisz « J’ai vécu avec un saint »

Edition – Wydawnictwo Św. Stanisława – Cracovie 2013