📷 Gabriel Bouys / East News

Il avait un sens de l’humour exceptionnel

– Vous êtes arrivés auprès de Jean-Paul II alors qu’il avait déjà effectué dix-huit années de pontificat et soixante-dix voyages. Il était malade. Quel homme avez-vous rencontré ?

 – Le Saint-Père n’était pas encore tellement atteint par la maladie. Il se servait de sa canne, mais pas encore en public. Lorsqu’il se rendait dans la salle Paul VI, il quittait la voiture avec sa canne, mais arrivé à l’intérieur, il la laissait pour parcourir la fin du trajet. Ce n’était que le début, les premiers symptômes de la maladie de Parkinson. Il vivait cela avec grand humilité et confiance.

– Aux Philippines, il brandissait déjà sa canne…

– C’était tout lui. Il parvenait toujours à dire un mot ou à faire un geste attachant, qui vous touchait directement au cœur. (…) Il avait un sens de l’humour exceptionnel. Je me souviens du jour où j’ai été nommé prélat. J’avais trente-six ans. C’était un an après être arrivé auprès du Pape. Pour lui, j’étais jeune. Lorsqu’il me regardait, il souriait toujours. Lorsque je n’enfilais pas ma soutane de prélat pour l’audience, il demandait d’un geste où était cette soutane bordée de rouge… Son entourage proche voyait bien cela et en riait. Moi aussi, je riais. (…)

– Ces moments de détente étaient-ils nombreux ?

– Fort nombreux. Un jour, j’ai apporté au Saint-Père une lettre, écrite par un évêque. Un évêque français, sans doute. Le Saint-Père était en train de travailler. J’entre dans son bureau et je lui dis qu’il y a une lettre. Et j’ai mal lu le nom. Le Saint-Père n’a pas résisté, il a éclaté de rire. Il a ri pendant cinq minutes. Cela a été contagieux. Et le père Stanislas a dû intervenir. Il ne savait pas de quoi il s’agissait.

– Le Saint-Père vous considérait-il un peu comme son fils ?

– On peut le dire. Il avait pour nous une affection de père. Le père Stanislas disait que le Pape n’accordait pas immédiatement sa confiance à tout le monde, qu’il restait réservé durant un certain temps. En ce qui me concerne, le père Stanislas m’a dit après la première rencontre : « Mieciu, rassure-toi. Le Saint-Père t’a accepté dès le début. Il te fait entièrement confiance ». Et cela se voyait. Le Saint-Père me faisait toujours comprendre, par un geste ou une parole, qu’il appréciait ma compagnie et qu’il acceptait mon ministère.

Avec l’accord de l’archevêque Mieczysław Mokrzycki – « Le mardi était son jour préféré »

Edition M, Cracovie 2008